Parce que Lorraine était trop bête pour mentir de façon ingénieuse. Elle disait toujours la vérité par inadvertance quand elle était suffisamment en colère. Après l’avoir fait partir et avoir changé les serrures en présence d’Anita, je suis allée directement au coin bureau de Daniel. Pas son bureau – il n’a jamais mérité ce titre à mes yeux. Juste le bureau d’angle où il étalait ses présentations à moitié terminées, ses factures de carte de crédit impayées et ses stylos hors de prix qui, pensait-il, le faisaient paraître plus compétent qu’il ne l’était.
Le tiroir était verrouillé.
Étrange, non ?
Daniel ne verrouillait jamais rien à moins d’être sûr de pouvoir profiter pleinement de son mensonge.
J’ai utilisé la clé de secours de mon coffre-fort.
À l’intérieur se trouvait un dossier bleu intitulé Transfert / Mère.
La première page m’a glacée le sang.
Daniel avait falsifié une autorisation de propriété limitée à l’aide d’une copie scannée de ma signature, extraite d’un ancien dossier de refinancement. Pas un transfert de propriété complet – il n’en était pas capable – mais un faux permis d’occupation et une procuration destinés à faire de Lorraine la « gérante résidente » de l’appartement pendant mon « relogement temporaire ». La formulation était tellement maladroite qu’elle en était insultante, mais suffisamment soignée pour que, si elle était envoyée à la mauvaise banque, au mauvais assureur ou au mauvais fournisseur d’énergie avant mon retour, elle puisse déclencher des semaines de galère administrative.
Mais ce n’était pas le pire.
Le deuxième document, oui.
Daniel avait demandé une ligne de crédit professionnelle en déclarant l’appartement comme « bien résidentiel familial ».
Pas le sien.
Le mien.
Apparemment, pendant que j’étais à Boston pour aider ma sœur à réapprendre à marcher, mon mari utilisait ma maison pour renflouer un montage financier privé en ruine, qu’il jurait pourtant à maintes reprises être « florissant ».
Je me suis assise lentement.
Non pas parce que j’étais anéantie.
Parce que les choses s’éclaircissaient.
Ce coup d’État autour de l’appartement n’avait jamais été motivé par le confort de Lorraine.
Ce n’était qu’un leurre.
Le vrai plan était de faire pression sur elle. Installer sa mère. Créer la confusion quant à l’occupation. Utiliser de faux documents pour faire croire que le bien était géré conjointement. Puis, discrètement, y associer une dette avant que je ne sois assez forte pour l’arrêter. Il pensait que j’allais crier sur Lorraine assez longtemps pour rater les papiers.
Il s’est trompé.
J’ai tout photographié.